Je me fige. Mémoire de danger. Elle est énorme, immobile.
Mortelle ?
Cerveau pédale un quart de seconde : couleuvre!
Alors la rencontre a lieu. Paisible.
L’an dernier, Vipère s’était montrée, sous une pierre que je soulevais. Trop près de la maison, des chats, du chien. J’ai tambouriné quelques jours durant dans la zone, et, message perçu, elle a bien voulu déménager. Nous ne nous sommes jamais revues.
En moi cette pensée qui tourne: comment peut-on avoir peur de la beauté inoffensive?
Il y a cette espèce de croyance qu’il est normal d’avoir peur.
Peur des serpents, des araignées. Des hommes, des autres.
Même si jamais aucune couleuvre n’a blessé un humain.
Ça m’agace, si tu savais !
Être prudent face à une vipère, je veux bien que ce soit « normal ».
La détruire alors qu’il est aisé de provoquer sa fuite, ça ne l’est pas.
Quant à tuer l’inoffensive couleuvre, ou même refuser de partager avec elle son jardin… c’est déviant.
L’humain a dévié.
Car c’est ce règne des peurs qui te conduit à craindre, fuir et haïr d’autres êtres inoffensifs.
Juste par amalgame.
Parce qu’ils ressemblent, de loin, à ce qui t’a nui. Parce qu’elle est de la même espèce qu’une, qui t’a mordu. La peur ne fait pas de tri: si tu n’aimes pas, ça doit mourir.
Ainsi l’homme détruit. Il détruit son propre monde. Par ignorance aussi: ce qui fait peur, on ne veut pas s’y intéresser. Il est plus confortable de détester.
Connaître, comprendre, demande un effort. Avoir peur ne demande rien: ça se fait tout seul et ça fournit du bon cortisol, miam, de la bonne adrénaline!
Des OMG 😱 et du drama. A partager avec les copines. De la force, et du meurtre. J’te lui ai flanqué un coup de pelle, à ce serpent de merde. A partager avec les copains.
A la place de la peur, de libération émotionnelle en libération émotionnelle, je me suis offert la grâce.
Grâce de la rencontre :
L’amie couleuvre est magnifique. Elle me fait un cadeau, car c’est la première que je rencontre dans mon jardin. Elle est brillante, écaillée de motifs qui forment une tapisserie délicate. Elle est musculeuse, puissante.
Toute entière en dans son figement reptilien, elle n’a pas bronché à mon approche,.
Ce soir j’irai me renseigner, apprendre de la couleuvre. Nourrir mon savoir sur le vivant, sa complexité, sa magie.
La pelle restera sagement rangée.
L’ignorance reculera.
La connexion au vivant s’amplifiera.
Et si tu veux à ton tour, mon lecteur, goûter à la rencontre pacifiée avec ces animaux mal aimés, je t’invite dans FlashLib.
C’est mon accompagnement le plus simple: une phobie, une séance.
A la clé, la liberté.
Liberté de cheminer dans une nature devenue amicale, toute peur oubliée -mais pas la prudence.
Liberté de laisser la guêpe se poser sur mon corps: sans geste affolé, jamais elle ne pique.
Liberté de faire grimper l’araignée sur mes doigts, le temps de la déposer loin de l’aspirateur.
Loin de la panique, la maîtrise.
Loin de la perception d’une nature gênante,
La connexion et la paix.
